Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 11:09

 

 

 

La couverture

 

 

 

S

’il existe un grand bonheur ici-bas c’est bien d’oublier les murs de sa chambre, pour ne plus voir, au-delà des ouvertures, que le spectacle de la nature. Ouvrir un œil le matin et le second aussitôt pour ne rien manquer et attendre de son lit que le soleil, jailli des monts, chasse vers la rivière les dernières brumes encore accrochées aux branches des chênes et des grands pins, n’est-ce pas déjà toucher à la félicité ? Pierre en était persuadé, lui qui dormait toujours  fenêtre ouverte et ne fermait jamais son volet.

          Ce n’était pas facile, pourtant, de compter parmi les plus heureux des hommes. Il en savait quelque chose. Il n’avait jamais cherché à comprendre pourquoi les autres, tous les autres, sans exception à ma connaissance, lui en voulaient et l’accablaient de leur suspicion et de leur médisance. On pouvait même douter qu’il se fût déjà posé la question. Là était certainement la raison de ce bonheur qu’on lui reprochait tant. Et pourtant, qu’avait donc de plus que tous les bonshommes du village (dont les épouses, d’ailleurs, ne manquaient jamais de se joindre à leurs malveillantes et sournoises manœuvres), cet être simple qui, sans le poids de la réprobation universelle de ses semblables, eût facilement passé pour l’un d’entre eux ?

          Il n’était pas particulièrement beau, avait des mains calleuses de paysan, et boitait légèrement depuis qu’un méchant caillou pointu, projeté par sa débroussailleuse, lui avait entamé le pied gauche jusqu’au tendon. On pouvait donc écarter d’emblée toute hypothèse faisant de lui  un séducteur. Il n’avait rien de l’homme à femmes, du coq de village, cette bête noire des maris, ce personnage aussi inévitable dans une bourgade, quel que soit le nombre d’âmes, que la grenouille de bénitier ou le poivrot invétéré. Non, en vérité, Pierre n’avait rien du mâle conquérant, une explication facile pour ceux qui auraient voulu donner les raisons de son célibat car nul ne pouvait savoir qu’un premier et grand amour de jeunesse déçu l’avait amené à renoncer à jamais à  la présence d’une compagne. Ce choix irrévocable l’avait contraint à vivre dans une solitude à laquelle il s’accommodait fort bien. Personne, parmi tous les gens qui le connaissaient, n’aurait pu se vanter de l’avoir entendu dire plus de trois phrases consécutives ce qui, dans une région où l’abondance du verbe paraissait aussi naturelle que le vent du nord emportant régulièrement les poussières et les feuilles des platanes jusqu’à la mer, ne pouvait que paraître suspect. C’était un enfant du pays et il n’était pas comme les autres et ça, mes chers amis qui n’êtes pas d’ici et qui ne pouvez comprendre, on ne pouvait lui pardonner. Il était le traître, celui qui avait déserté en refusant de se fondre dans le gros de la troupe. Il était devenu aux yeux de tous, à force de différence, comme une sorte d’étranger. Et il n’était pas dit qu’une peau sombre, des yeux bridés ou un fort accent n’eussent pas été mieux acceptés par la communauté.

          Rocher sans cesse attaqué par les vagues, il était insensible aux éclaboussures d’écume qui glissaient sur la surface lisse de son indifférence. Les attaques venaient de partout et semblaient trouver leur force et leur abondance dans son silence, bouclier invisible mais efficace contre lequel les coups les plus vils, les plus cruels venaient se briser… (pages 9 et 10)

Par Baraffe - Publié dans : Histoires curieuses et édifiantes - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 10:17

Présentation

 

première12 récits (nouvelles) à caractère parfois fantastique (Le dernier étage, A demain,  Le débat, La faveur,)  ou empruntant  à la science fiction (Des menaces en l’air, La cravate,) ou à la fiction s’inspirant plus ou moins de la réalité (La couverture, les cailloux, La terrasse, Le prix, De l’inégalité) ; la dernière (le conseil) se démarquant des autres par son message philosophique. Le ton humoristique de l’ensemble est bien souvent amer puisqu’il s’agit, à travers ces récits de dénoncer les écarts et les travers de nos sociétés envahies par la technologie et minées par la démesure, la corruption, l’injustice. 

 

La couverture (page 9) : Un paysan prête ses ânes pour l’installation d’une antenne sur un mont.

Le dernier étage (page 21) : Il n’est pas toujours bon d’aller défendre son bon droit et de se tromper de touche sur le clavier donnant accès au bureau des réclamations.

A demain (page 31) : il n’est pas bien agréable, non plus, de constater que l’on passe inexplicablement du samedi au lundi et qu’il faut bien admettre que le dimanche a été définitivement supprimé.

Des menaces en l’air (page 41) : Des phénomènes étranges se produisant partout sur la planète aboutissent à l’interruption générale des moyens de communication. Ils ne sont cependant que les symptômes d’une catastrophe imminente qui changera totalement le devenir de l’humanité.

La cravate (page 79) : Il n’est pas recommandé de porter une cravate un jour de manifestation, même si l’on a des intentions amicales.

Les cailloux (page 87) : ou le conflit sans fin de deux petites nations.

La terrasse   (page 91) : Depuis le jour où il avait été blessé dans ses parties intimes par un taurillon, Manuel était en butte à toutes les plaisanteries jusqu’au jour où une idée géniale lui fit connaître la fortune et le goût délicieux de la revanche.

Le débat (page 97) : Bien excitant pour un archéologue que de découvrir dans un endroit des ossements humains qui, scientifiquement, n’avaient rien à y faire et de constater que la chronologie de l’évolution est totalement bouleversée.

La faveur (page 103) : Il est bien imprudent de céder aux sollicitations d’un inconnu, personnage inquiétant rencontré par hasard, semble-t-il, et qui vous accorde une étrange faveur.

Le prix (page 113) : Remplacer le Prix Bonelli d’Economie par un Prix de la Corruption n’était pas forcément une mauvaise affaire.

De l’inégalité (page 121) Imaginez la surprise de cet entomologiste lorsque, débarquant sur l’ile d’Hispidie, il découvrit une société où le port de la moustache était déterminant dans la hiérarchie sociale.

Le conseil (page 129) : Sera-t-il possible de connaître enfin la suite d’une histoire à chaque fois interrompue au même endroit par des circonstances imprévues ?

 

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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 14:47

 

 Histoires curieuses et édifiantes, un recueil de 12 nouvelles aux Editions Chloé des Lys

 

 

première

 

Ces histoires curieuses et édifiantes auraient-elles pour objet de renseigner sur le côté caché et mauvais des choses et même de dissiper toute illusion, les dernières surtout ?

Un ancien trader cherchant sa reconversion, dépense son énergie et sa fortune pour tenter de comprendre d'étranges phénomènes auxquels personne sur terre ne semble échapper. Quel choix devra faire Emilio après la faveur que vient de lui accorder un bien curieux personnage ? En pénétrant à l'intérieur d'un bâtiment administratif pour défendre son bon droit, Antoine n'a aucune idée de ce qui l'attend... Ainsi s'enchaînent ces histoires inspirées de faits actuels, récents et même à venir. Et sous l'éclairage de l'humour et de l'étrange, l'agitation de nos petites sociétés humaines déclinantes. 

 

Illustration de France Delhaye

 

Du même auteur chez Chloé des Lys : Ultiméa, un roman de science-fiction 

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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 10:50

Liste non exhaustive d'objets divers mis à la disposition des personnages d'Ultiméa : 

 

cosmos.jpg   

 

Pampres d'énergie

" Elle chercha au milieu des folioles soyeuses, cuivrées, transparentes ou parfois argentées, les pampres d'énergie. Elle connaissait les terrains riches en silice et en sels où ils aimaient pousser ; aussi, n'eut-elle aucun mal à en trouver deux, l'un positif, l'autre négatif...  La nuit venue, surtout pas avant car les Gaïatéens ont appris à ne pas gaspiller l'énergie, elle mit côte à côte, tête-bêche les pampres d'énergie et, de leur contact, jaillit la lumière... les pampres d'énergie s'éteignirent d'eux-mêmes au moment où elle ferma les yeux.  (chapitre 2)

 

Espace HC

" Octan sentait une certaine agitation troubler ses circuits. c'est à peine s'il parvenait à en dissimuler les effets dans son espace personnel HC d'holo-communication... Tous suivaient, avec une grande attention, au pixel près, l'évolution de la pensée de Dodekan... Les arbres-pierres de la Forêt Sauvage, les lichens (l'espace HC traversé par les mesures de l'allegro d'une fantaisie pastorale de la Première Ere se transformait au fil du discours d'Octan) les rivières, la mer des Emeraudes, les merveilleux couchers de soleil sur les falaises vitrifiées, les petits crabes des sables... la guerre, la torture, les exécutions, les attentats (la douce mélodie s'était tue et tous entendirent de violentes explosions, des cris), les génocides, les meurtres, les viols, la pédophilie. (Octan laissait les images d'horreur envahir un moment l'espace entier alors que des coulures sanguinolentes débordant des limites se répandaient autour des spectateurs. Il vit frémir de dégoût les membranes gazeuses de quelques enveloppes d'inertie). (chapitre 3)

 

Simulateur d'émotions       

"Il avait dépouillé tous les textes traitant de psychologie appliquée, clinique, comparée, différentielle, génétique, pathologique, sociale, analytique et même abyssale, écrits au cours de la Première Ere. Un travail monumental, fastidieux et même parfois pénible qui lui avait pris plus de vingt-cinq mille ans. C'était lui qui avait mis au point le simulateur d'émotions, un nanoprocesseur intégré aux circuits de chacun capable de générer des sentiments d'humains dont étaient privés les Ultiméens. Ces courants artificiels donnaient à ceux qui les libéraient l'illusion de  la joie, du bien-être, de la surprise, de la suspicion  par exemple mais excluaient tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un mouvement d'agressivité qui eût été contraire à la nature même des Ultiméens. (chapitre 3)

 

Il faut ajouter aussi le flux onirique et son application le kronir, l'enveloppe d'inertie, le vaisseau à carapace gazeuse, la fontaine holo, la tunique à protection intégrale, le paravent virtuel de protection etc...

 

NB  On ne rencontrera dans Ultiméa, roman de 374 pages, qu'un seul mot anglais : whisky. Il n'était pas posiible de faire autrement. 

       

 

 

Par Baraffe - Publié dans : Ultiméa - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 15:22

Résumé

 

premi-re.jpg« Entre toutes les expéditions que nous eûmes à mener dans l’Univers au cours de ces quinze derniers millions d’années, la plus étonnante, la plus enrichissante, la plus excitante même fut certainement celle qui nous fit découvrir Gaïatéa… »  C’est ainsi que commence Ultiméa, roman de Marcel Baraffe préfacé par Isabelle Baraffe, astrophysicienne.

Ultiméa se situe à l’autre bout de la chaîne de l’évolution. L’espèce humaine, condamnée pour survivre, à atteindre des vitesses proches de la lumière s’est regroupée au sein de la communauté des Ultiméens, être quasi-immatériels, parcourant sans cesse les espaces infinis du cosmos pour y découvrir des traces de vie. Leur quête patiente les amena un jour à découvrir une planète où, émergeant des gaz et des rayonnements mortels, apparaissait une forme de vie différente de tout ce qu’ils avaient rencontré jusqu’à présent. L’observation de ce monde étrange leur apprit qu’il avait été dévasté, il y avait fort longtemps, par un cataclysme provoqué par ses propres habitants. Et lorsqu’ils découvrirent, enfermés dans un cube de jade, des embryons cryopréservés de cette espèce, ils décidèrent de ne pas les réanimer.

C’était cependant compter sans l’hostilité du mystérieux G, personnage agressif et maître de l’illusion virtuelle, décidé à mettre tout en œuvre pour rendre la vie aux embryons.

Longtemps, bien longtemps après, alors que les descendants des embryons du Cube de Jade, peuplent à nouveau la planète et que la paix règne enfin, le meurtre de trois lumens, sages détenteurs de l’histoire de leur espèce, fait basculer ce monde heureux dans le chaos. Egor, la première victime parvient à transmettre à la jeune Awam, son chronir, petite flamme intelligente tirant son énergie des rêves. Aidée d’Elar, jeune lumen survivant, elle tentera de s’opposer, avec l’appui  d’Octan, l’Ultiméen, à la terrible Egéa, l’hégémonarque, nouvelle maîtresse de Gaïatéa.

Ultiméa, roman inspiré de spéculations scientifiques aux nombreux rebondissements et aux personnages étranges est aussi un regard sans complaisance jeté sur notre propre monde.

                        Marcel Baraffe, Ultiméa, éditions Chloé des Lys

 

Par Baraffe - Publié dans : Ultiméa - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 09:28

 

 

Quand on voit le nombre de divorces et de séparations, on pourrait penser que le couple fonctionne sur le principe de l'unanimité moins une voix.

 

                                                         Graines de pensées semées ici et là - 8 -

 

 

A paraître aux Editions Chloé des Lys : Histoires curieuses et édifiantes.

 

 

 

 

 

 

Par Baraffe - Publié dans : Pensées - Communauté : LES AUTEURS DE CHLOE DES LYS
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Jeudi 18 août 2011 4 18 /08 /Août /2011 09:56

On observe ces derniers temps un phénomène politique qui ne doit pas laisser indifférent. Un des candidats aux futures élections présidentielles bien mal placé dans les sondages, il y a peu, voit, sa côte de popularité remonter depuis qu'il n'apparaît plus à la télévision. On l'a bien vu dernièrement faire du vélo, mais quand il pédale, il ne parle pas.

           Il existerait donc une loi caractérisant les impacts médiatiques que l'on pourrait formuler ainsi : " Candidats, moins on vous voit, plus vous avez de chances d'être élus."

           Le meilleur exemple étayant une fois pour toutes cette thèse, vient de haut, de très haut même. C'est Dieu en personne qui nous le fournit. Il n'apparaît jamais aux infos de 20 heures, il ne fait pas la une de la presse-people, sa photo ne figure pas sur facebook et pourtant, il y a plusieurs milliards d'individus, toutes religions confondues (on peut rêver !), qui croient en son règne.

 

  

                                                         Graines de pensées semées ici et là -7-

 

 

 A paraître aux éditions Chloé des Lys Histoires curieuses et édifiantes

Par Baraffe - Publié dans : Pensées
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Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 00:00

Il m'arrive, assez souvent, de trouver mon inspiration dans des oeuvres picturales. C'est ce que, dans ces articles,  je veux illustrer à l'aide d'exemples tirés de mes romans.

 

Début du roman Poussiére et santal

 

 

  paysage-chronique-.JPGUn paysage. Sans homme. 60cm par 40cm. Plus haut que large. Un simple paysage d'encre et d'aquarelle sur un fond blanc de papier. Des traits, des taches aux multiples nuances, obscures et claires. Du noir, du gris, deux verts, l'un est clair, l'autre sombre et bleuté, dominant. Quelques touches de jaune, ici et là, aussi. La technique, la composition, les quatre murs de torchis blanchi, la forme des quatre toits, ces petites tuiles posées en écailles de poissons, ne laissent aucun doute. C'est un paysage de Chine. Du Sud de la Chine, puis-je ajouter, puisqu'il y a, il n'est pas possible de se tromper, un papayer. Et cette masse rouge, dans la partie centrale supérieure, cachant un morceau de ciel et reprise par endroits, plus bas, n'est-ce pas un flamboyant en fleurs ? Y a-t-il des flamboyants dans le Sud de la Chine ? Comment le savoir ? Va-t-il falloir demander des autorisations, une pour quitter le quartier, une pour quitter la ville, une pour quitter la province, une pour pénétrer dans l'autre province… afin de s'assurer qu'il y a bien des flamboyants en Chine ?

  C'est un flamboyant.

  Deux petits pains farcis de viande et cuits à la vapeur -­­ avec beaucoup d'oignons et du piment, m'a dit l'artiste - et une bouteille de bière cinq étoiles, brassée au pays, mise en bouteille au pays, voilà ce que m'a coûté mon paysage. L'artiste, un vieil homme aussi râpé que son vêtement, a glissé les petits pains et la bouteille dans les grandes poches de sa veste de toile bleue. Il ne m'a pas dit merci. Il aurait dû dire : merci camarade. Mais peut-être qu'il ne voulait pas dire camarade ?

 

                                                   Marcel Baraffe, Poussière et santal Poussière et santal - Quatrième  

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Mercredi 13 juillet 2011 3 13 /07 /Juil /2011 00:00

 

Histoires curieuses et édifiantes

 

 

Après Ultiméa, roman de science-fiction, un recueil de 12 nouvelles à paraître chez Chloé des Lys. 

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Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 11:11

premi-re.jpg

 

 

 

               1

 

 

« Entre toutes les expéditions que nous eûmes à mener dans l’Univers au cours de ces quinze derniers millions d’années·, la plus étonnante, la plus enrichissante, la plus excitante même fut certainement celle qui nous fit découvrir Gaïatéa… »

         Lorsque les premiers signes de ce message s’affichèrent en même temps dans les espaces HC de chacun des Ultiméens, fussent-ils à cet instant aux confins de l’univers, tous comprirent qu’un pas important venait d’être franchi et que désormais plus rien ne serait comme avant. L’époque d’une communication intergalactique se traînant à la vitesse de la lumière était bel et bien révolue. En mettant (selon l’expression gaïatéenne) « à portée de voix » les communautés les plus lointaines, l’intelligence ultiméenne qui semblait jusqu’à présent avoir atteint ses limites, était parvenue à sauter un obstacle que l’on avait toujours cru infranchissable. Cette avancée aurait pu, s’ils avaient eu la possibilité d’éprouver des sentiments, faire naître en chaque Ultiméen la fierté d’appartenir à une espèce aussi évoluée. Si aucun, cependant, ne ressentait  le moindre frémissement de satisfaction, ils ne pouvaient nier  cet assaut de curiosité, léger certes et purement intellectuel, qui les avait saisis. Les explications techniques viendraient ensuite. Pour le moment, ils se contentaient de prendre connaissance du contenu d’un message envoyé du vaisseau-mère à l’occasion, était-il précisé, d’une Assemblée Extraordinaire du Grand Conseil Ultiméen ; la première jamais organisée. Ils ne se doutaient certes pas encore que cet événement allait marquer le début d’une ère bien plus étonnante encore que ce qui n’était finalement qu’un simple progrès en matière de communication.

         «… Gaïatéa. Nous en ignorions à l’époque le nom et même l’existence. Nous recherchions, en ce temps là, dans les galaxies que nous traversions des traces de vie que nous avions pour mission d’observer afin d’en décrire mais aussi d’en surveiller l’évolution. Nous avions sur toutes les autres espèces un avantage certain puisque nous n’étions pas soumis aux contraintes du temps et de l’espace. En tant que créatures à masse quasiment nulle, nous nous déplacions à des vitesses sensiblement égales à celle de la lumière alors que notre immatérialité nous assurait une chance d’éternité à laquelle nul avant nous n’avait pu sérieusement prétendre.

         Après un voyage qui dura lui-même deux millions d’années, nous repérâmes à la périphérie du disque d’une galaxie un peu moins éloignée que les autres, une planète sans grand intérêt tournant autour de son soleil. Sa croûte, recouverte de sable et de poussière, était uniformément grise alors que son atmosphère était constituée de gaz mortels. Nous donnâmes à ce monde de désolation le nom de Planète Triste. Nous aurions pu l’éviter, continuer notre route vers d’autres systèmes apparemment plus intéressants et l’oublier si nous n’avions observé à sa surface un phénomène qui se révéla être, lors de notre second passage, 900 000 ans plus tard, une trace incontestable d’activité biologique.

         Notre ténacité fut récompensée, puisque nous assistâmes dès lors à la résurrection de Planète Triste qui vit son sinistre désert se transformer rapidement (un autre petit million d’années) en une accueillante et généreuse nature nourrissant en son sein, dans une harmonie parfaite, toutes les espèces, qu’elles soient minérales, végétales ou animales.

         Nous apprîmes par la suite que Planète Triste avait un passé autre que cosmique. Elle aurait pu avoir le destin monotone ni plus ni moins laborieux des autres planètes vivant et mourant au rythme des étoiles suivant des lois physiques très simples si certaines combinaisons favorables de gaz, dues certainement au hasard (quelles pourraient bien être d‘ailleurs les autres causes ?), n’y avaient déposé les premières semences de vie qui évoluèrent très vite vers des formes de plus en plus complexes avec, au bout de la chaîne, une espèce communément appelée humaine. Ces créatures intelligentes créèrent leur propre langage et donnèrent à leur planète le nom de Gaïatéa. La Première Ere, dite ère protogaïatéenne, commençait. Les Protogaïatéens étaient des êtres aux grandes qualités et aux défauts encore plus nombreux. Ils développèrent sur Gaïatéa, au cours des âges, des civilisations brillantes mais leur goût démesuré pour les conflits sanglants ainsi que les mauvais coups portés à leur environnement – on prendra connaissance, sur ces sujets, avec profit, des nombreux écrits laissés par des auteurs de la fin de la période dite décadente­­­· – les amenèrent à s’autodétruire, ne laissant de leur merveilleuse planète qu’un monde de poussières et de cendres baignant dans les gaz et les rayonnements mortels.

         Le destin des Gaïatéens aurait pu s’achever avec la naissance de Planète Triste emportée dans une seconde et dernière ère jusqu’à l’explosion finale de son soleil si des groupes d’humains n’étaient parvenus à survivre à la Grande Destruction. Il n’existerait à notre connaissance (mais l’univers est si grand et il nous reste encore tant de galaxies à explorer) que deux exemples montrant que la race humaine n’avait pas été totalement anéantie ; deux exemples aussi différents, aussi opposés que sont le bien et le mal, ce qui laisserait penser que ces deux forces antithétiques sont des composantes indissociables de l’espèce.

         Nous fîmes connaissance avec les premiers (les méchants ?) à l’époque où Gaïatéa sortant de la tristesse et de la désolation se couvrait d’océans et de forêts et s’ouvrait à la vie. C’est ce moment favorable qu’avaient attendu les descendants, par clonages successifs, d’un humain appelé G chargés d’appliquer le programme de survie de l’espèce élaboré par ce dernier en réanimant des embryons cryopréservés déposés à l’intérieur d’un cube de jade. Leur agressivité à notre égard, les dangers qu’ils représentaient pour l’environnement gaïatéen nous obligèrent à les neutraliser sans avoir recours, cependant, à des moyens de destruction, ce qui eût été contraire à nos conceptions morales et  philosophiques.

         Cet épisode de notre histoire eut pour conséquence imprévue de révéler à la communauté ultiméenne ses origines gaïatéennes. Nous étions le second groupe rescapé du chaos (les bons ?). Nos ancêtres, en fuyant dans l’espace, y avaient trouvé la sécurité au prix d’une adaptation qui, au fil des générations, avait fait de nous des êtres dématérialisés, des intelligences pures capables de se déplacer à des vitesses paraluminiques et, le pensions-nous, ayant atteint le stade ultime de l’évolution.

         Nous, Ultiméens, nous étions donc aussi, des descendants d’humains. G était notre cousin et l’Histoire Ultiméenne que nous sommes en train d’écrire n’est, en quelque sorte, qu’un prolongement de l’Histoire Gaïatéenne. La masse d’informations contenues dans la mémoire de notre vaisseau-mère et que nous nous mîmes à consulter avidement, nous livrèrent dans les moindres détails tout ce que nous désirions savoir sur les humains de la Première Ere, ces Protogaïatéens si brillants, si créatifs, si surprenants, si agressifs et dont le crime fut de faire de leur planète un monde de désolation.

 

La Seconde Ere, celle de Planète Triste, est définitivement révolue. Par un effort conjugué de tous ses éléments, elle est parvenue à sortir de son long sommeil.  Une nature nouvelle est sortie de son sol désormais fécond. Des sources ont jailli. Les ruisseaux dévalent les pentes des montagnes. Des forêts couvrent les bords de ses fleuves. Le vent agite les feuilles aux reflets métalliques des arbres-pierres. Et chaque soir, son soleil se couche dans les eaux émeraude de son océan. L’ère de la vie est venue. Des espèces non humaines (nous y avons veillé) et sans agressivité (enfin !) s’y multiplient raisonnablement sous les grands lierres, les lichens et les algues. La nature, sans les humains, respire enfin.

         Nous avons continué à explorer l’univers. La Gaïatéa de la Troisième Ere semble désormais capable d’assumer seule son destin. Nos chemins nous mènent vers des mondes de plus en plus lointains, mais nous n’oublions pas cette petite planète qui continue à tourner autour de son soleil. Elle est, poussière dans le cosmos, notre mémoire imprégnée de la trace de nos origines. Et nous n’oublions surtout  pas que, perdu au milieu d’une forêt  d’arbres-pierres, se dresse comme un défi lancé au temps un cube de jade refermé sur son secret. » 



  • · L’unité choisie est l’année Gaïatéenne.
  • · Et notamment l’œuvre de Zeek F3 le Pèlerin.

               Ultiméa pages 11 à 14 Editions Chloé des Lys 

 

Par MB - Publié dans : Ultiméa - Communauté : Roman science fiction
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Présentation

Derniers romans

Histoires curieuses et édifiantes, Editions Chloé des Lys (2011)

 

 première

 

 

Ultiméa,  Editions Chloé des Lys (2010)
 



Comme une vague inquiétude, Editions L'harmattan (2008)












Brume de sang,
  Editions Orizons (automne 2009)

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