La première guerre de l'Opium
1840 : le choc de deux empires
(suite)
1. Un choc inégal (blog du 7 mai)
Qianlong, encore lui, (il régna 60 ans, de 1735 à 1796) alla jusqu'à interdire l'usage des armes à feu dans les concours
militaires de peur qu'elles ne se répandent parmi le peuple. Car, en plus des problèmes posés par les Diables étrangers, l'empire doit faire face aux
nombreuses révoltes qui éclatent régulièrement à travers le pays. Les Mandchous qui tiennent les rouages de l'état sont, pour les partisans de la dynastie des Ming déchue, des usurpateurs qu'il
faut chasser. Les sociétés secrètes sont très actives, les famines et disettes sont fréquentes et les paysans mécontents se soulèvent contre le pouvoir des fonctionnaires autoritaires et
corrompus. A la fin de l'année 1816, il y avait dans les différentes provinces de l'empire 10 270 criminels (dont bon nombre de ce que l'on appellerait de nos jours des prisonniers
politiques) attendant l'ordre de l'empereur pour être exécutés. Entre 1795 et 1840, on ne compte pas moins de 13 rébellions importantes (Lolo, Musulmans du Xinjiang, Tibétains, Mongols, Li et Yao
du Yunnan, lotus Blanc, Huit Trigrammes, Société du Ciel et de la Terre.) En 1814 naît Hong Xiuquan, créateur dans les années 40 de la Société des Adorateurs de Dieu qui allait répandre la
révolution Taiping, la rébellion certainement la plus sanglante que la Chine ait jamais connue.
La Chine, avant l'arrivée des navires de guerre britanniques, vit donc dans un splendide isolement et un grand mépris pour tout ce qui se passe en dehors de ses frontières. De la mission jésuite établie depuis le début du 16ème siècle, il ne reste, à la fin du 18ème siècle, que quelques représentants. En 1837, une proclamation de l'empereur défend, sous les peines les plus sévères, la prédication du christianisme dans ses états. Les missionnaires catholiques et protestants qui tentent, par différents moyens de pénétrer à l'intérieur du pays, sont refoulés ou persécutés. Quant aux rares voyageurs, ils ont recours à divers déguisements pour pouvoir fouler le sol interdit. Canton est le seul port autorisé aux navires étrangers. Il faut bien exporter le thé et la soie.
2. Opium (à suivre)
Vignette: militaires de l'armée impériale

La dynastie mandchoue des Qing règne sur la Chine depuis le milieu du 17ème
siècle. Fermée aux étrangers, elle l'est aussi au progrès, à un tel point que tout projet d'amélioration est considéré comme superflu et coupable. Alors que les premières lignes de chemin de fer
commencent à quadriller les campagnes européennes, la nation qui donna à l'humanité la boussole, le papier, la poudre explosive, les premiers canons, le harnais à collier, la bielle et le piston,
le premier sismographe, les premières écluses et, si on en croit les découvertes récentes de caractères sur des carapaces de tortues datant de 34 siècles, les traces d'écriture parmi les plus
anciennes ; ce pays dont les jonques de deux cents pieds de long atteignaient les côtes de l'Afrique de l'Est bien avant que Christophe Colomb ne découvre l'Amérique ; ce pays qui reçut des
mathématiciens et des savants jésuites envoyés par Louis XIV, en était resté à la brouette à voile, à la traction humaine et à la pompe d'irrigation mue par des jambes d'hommes. " Aucun
progrès ne peut prendre place en Chine", écrivait Hegel en 1822.



Elle aurait pu parler de musique. Non ! Elle a décidé que
pour une première intervention, elle parlerait de poésie. Mais n'est-ce pas la même chose ?








